Ne cherchez pas…

Ne cherchez pas le nom de Jean Rivard sur ce blogue. Je l’ai trouvé dans un article publié le 24 novembre 2014 sur le blogue original…

24 novembre 1944

J’ai fait une mise à jour qui s’imposait.


Mis à jour le 26 février 2022 avec ce commentaire du petit-fils de Jean Rivard.

Bonjour,

Je recherche des informations sur mon grand-père Jean Rivard, né le 23 juillet 1921, qui a piloté sur des Wellingtons durant la seconde guerre mondiale !

Merci de me revenir,

 

Billet original

Mon ami Richard m’avait envoyé  ceci…

La Presse 1944-11-28

Il y a 70 ans, Jean-Paul Michaud revenait au Canada en compagnie de 549 autres aviateurs… pilote, bomb aimer, sans-filiste, mitrailleur, navigateur. Une chance sur trois de revenir selon les statistiques. Trois chances sur trois de revivre dans ses cauchemars toutes ses missions.

Jean-Paul Michaud n’a pas reçu de DFC comme les trois autres aviateurs sur la photo: Pierre Turenne de Saint-Pierre au Manitoba, Jean Rivard de La Tuque au Québec et Normand Brousseau du Cap-de-la-Madeleine, Québec.

Je ne connais pas les deux premiers, mais je connais le troisième.

1943-02-28 Dishforth - crash

Je me demande si Normand Brousseau DFC a raconté ses souvenirs de guerre ?

Une tortue ailée canadienne-française

J’avais identifié le caporal Lupien il y un an. Il était le premier à gauche en avant.

A French Canadian Turtle with Wings - Copy (2)


Clarence Simonsen m’avait déjà écrit il y a plusieurs années pour me soumettre une de ses recherches sur les dessins peints sur les nez des avions…

A French Canadian Turtle with Wings - Copy (4)

J’avais écrit le tout ici.

Revoici le billet avec un petit ajout à la fin.

Bonjour Pierre,

Il s’agit en fait de trois histoires en une. Le Group Captain Dunlap était un officier exceptionnel de l’ARC. Ayant servi [dans un échange de service] avec la RAF en 1935, il comprenait bien les Britanniques et la façon de pensée de la RAF d’avant-guerre. Le Group Captain Dunlap était un officier qui n’avait pas peur d’exprimer son point de vue et de donner une réponse franche à tout. Il était en fait un homme près de ses hommes et faisait tout ce qu’il pouvait pour servir et prendre soin des membres sous son commandement.

Lorsqu’il arriva en Afrique du Nord et qu’il fut informé par le commandement de la RAF que les meilleures pistes d’atterrissage avaient été prises par la RAF, il était déterminé à ce que ses Canadiens ne se contentent pas des restes ou ne volent pas la nuit dans les régions montagneuses que les Britanniques avaient choisies pour lui. Grâce au système de troc, et à un peu d’alcool, il persuada un major du génie américain de lui construire deux pistes en terre battue à côté des unités de la RAF. Puis il informa le commandement de la RAF de ravitailler ses trois escadrons de l’ARC. Cela permit de sauver des vies canadiennes y compris celles des Canadiens français.

Il montra aux Britanniques le type d’officier canadien en plein contrôle de ses escadrons de l’ARC.

La création de dessins sur le nez des bombardiers Wellington du 420e et du 425e a commencé sur ces deux pistes d’atterrissage en terre battue, grâce au LAC Skip Rutledge. Par un heureux hasard, l’artiste de guerre officiel [Paul Goranson] a également peint le même nez de Wellington que celui peint par Rutledge. Si nous avions un musée dédié aux dessins peints sur le nez des avions, nous aurions une exposition éducative impressionnante.

D’autres peintures de Goranson capturant la guerre aérienne dans le désert sont stockées au Musée de la guerre, mais seront-elles un jour exposées ? C’est un cas simple [mais très rare] où ce genre d’art non officiel et l’art de guerre officiel peuvent être combinés pour éduquer les générations futures.

La puissance de cet art est clairement visible sur le bombardier Wellington baptisé « Slow but Sure ». Ce dernier a établi un record d’opérations avec le 425 Alouette avec 46 opérations consécutives. Tout cela était dû au fait que l’équipe au sol canadienne-canadienne avait pris un soin particulier de ce bombardier. Ma recherche et la réplique du dessin de la tortue n’a jamais été publiée auparavant.

A French Canadian Turtle with Wings - Copy

Voici la recherche de Clarence Simonsen sur des escadrons de l’ARC en Tunisie en 1943.

A French Canadian Turtle with Wings

Une tortue ailée canadienne-française

A French Canadian Turtle with Wings - Copy

Le 22 juin 1942, un ordre d’organisation est émis autorisant la formation du cinquième escadron de bombardiers lourds de l’ARC du Canada en Angleterre. Le 425e escadron est né trois jours plus tard à la station Dishforth de la R.A.F., dans le Yorkshire, en Angleterre, une unité du 4e groupe de bombardement. Ce qui rend cet escadron unique dans l’histoire de l’ARC en temps de guerre est le fait qu’il a été formé comme une unité canadienne-française et que ses rangs sont garnis par des équipages aériens et terrestres canadiens-français. Ils choisissent la devise « Je te plumerai » et le surnom Alouette, l’insigne officiel représentant un oiseau dans le ciel en position de vol stationnaire.

logo escadron 425

Des siècles auparavant, leurs ancêtres français, les Gaulois, avaient utilisé cette même image d’oiseau-alouette comme emblème officiel de la tribu et l’avaient gravée sur leurs casques de combat en temps de guerre.

Le 425e commence son entraînement sur les bombardiers Vickers Wellington B. Mk. III en août 1942, avec huit équipages qui effectuent la première opération sur Aix-la-Chapelle, en Allemagne, le 5 octobre 1942. Le 1er janvier 1943, l’escadron canadien français se joint à huit autres escadrons pour devenir le 6e groupe [ARC] du Bomber Command de la RAF. En avril 1943, les Alouettes  sur leurs Wellington bombardent avec succès les villes de Francfort, Stuttgart, Mannheim, Bochum, Hambourg [2], Cologne [2], Essen [2] et une troisième opération sur Duisburg, en Allemagne, le 26 avril 1943.

Le 3 avril 1943, le ministère de l’Air britannique demande au gouvernement canadien d’approuver l’utilisation de trois escadrons expérimentés de l’ARC volant sur Wellington pour soutenir l’opération « Husky », l’invasion de la Sicile.

Le 10 avril, les escadrons 420, 424 et 425 sont sélectionnés pour faire partie du groupe 205 de la 331e Escadre de la RAF, et pour voler sur de nouveaux bombardiers, les Vickers Wellington Mk. X tropicalisés pour être utilisés dans la chaleur, le sable et les fréquentes tempêtes de poussière en Tunisie.

La 331e Escadre est officiellement formée le 7 mai 1943, sous le commandement du Group Captain Clarence Larry Dunlap, un officier de l’ARC d’avant-guerre.

All my best in the New Year.

Group Captain Clarence Rupert Larry Dunlap 1943

À son arrivée sur le théâtre des opérations le 21 juin 1943, le G/C Dunlap est informé qu’il sera impossible pour les Canadiens d’opérer à partir des avions de la Tunisie, car cet espace a été réclamé par trois escadrons de la RAF sous le numéro 331.

L’escadron 70 de la RAF a pris le contrôle de Kairouan/Temmar le 25 mai 1943, l’escadron 40 de la RAF s’est déplacé de 10 miles vers le nord pour occuper Kairouan/El Alem, le 28 mai 1943, tandis que l’escadron 37 de la RAF se trouve au sud à Kairouan/Allami le 30 mai 1943.

A French Canadian Turtle with Wings - Copy (11)

No. 331 Wing RAF à West Kairouan Mai 1943

Le nouveau commandant canadien de la 331e Escadre de l’ARC n’est pas impressionné lorsque les Britanniques l’informent qu’il va opérer plus au sud-ouest dans la région montagneuse entre l’Algérie et la Tunisie. Grâce à l’argent perdu au poker et à quelques bouteilles de whisky écossais, deux nouveaux terrains d’aviation en terre battue de l’ARC sont construits en quatre jours par un major du Corps du génie de l’armée américaine. Le G/C Dunlap informe ensuite le quartier général du Commandement aérien de la Méditerranée de la RAF que l’ARC sera située dans les plaines tunisiennes et que la RAF devra trouver les moyens d’approvisionner ses escadrons canadiens en carburant, en munitions et en nourriture. Les Britanniques acceptent à contrecœur, et les Canadiens se préparent à une guerre aérienne en Afrique du Nord.

Les Canadiens du 424e Escadron s’installent à Kairouan/Pavillier, tandis que les membres des 420e et 425e Escadrons prennent en charge la nouvelle piste d’atterrissage de Kairouan/Zina le 23 juin 1943. Les deux nouvelles pistes d’atterrissage en terre  battue ne sont séparées que de dix miles et sont situées à trente miles de la ville de Sousse, sur la côte méditerranéenne, ce qui est beaucoup plus sécuritaire pour les Canadiens revenant des opérations de nuit.

 A French Canadian Turtle with Wings - Copy (9)

Le 25 juin 1943, le 425e Escadron est déclaré opérationnel et effectue sa première opération les 26/27 juin 1943, lorsqu’il rejoint le 420e Escadron. Il attaque la piste d’atterrissage de la ville de Sciacca, puis poursuit ses raids sur d’autres ports de Sardaigne et sur des aérodromes siciliens.

Le LAC Floyd « Skip » Rutledge s’engage dans l’ARC le 17 octobre 1940.

Rutledge

photo Floyd Rutledge

Après une formation de mécanicien sur des moteurs d’avion, il est affecté au SFTS no 3 à Calgary, en Alberta, pour acquérir une expérience pratique dans son métier. En avril 1942, il est affecté à son premier escadron opérationnel, le 420 [Snowy Owl], à Waddington, au Lincolnshire en Angleterre. C’est là qu’il peint son tout premier dessin sur le nez d’un avion de l’ARC, un bombardier Hampton Mk. I de Handley-Page. Le dessin représente un Indien en tenue de ville.

Skip arrive sur la piste de Kairouan/Zina le 23 juin 1943, et commence à travailler sur le nouvel avion Wellington Mk. X dans les conditions extrêmes du désert par des chaleur de 120 degrés F. Au cours de son séjour en Afrique du Nord, il peindra au moins cinq dessins sur des avions Wellington.

A French Canadian Turtle with Wings - Stork[photo Floyd Rutledge]

Cette impressionnante cigogne avec la queue d’un bombardier Wellington a été peinte pour l’escadron 420 [Snowy Owl] à Kairouan/Zina, en août 1943.

La réplique à l’échelle 2003 a été peinte par moi, Clarence Simonsen et se trouve aujourd’hui au Bomber Command Museum of Canada à Nanton, Alberta.

Stork Clarence Simonsen

Ce croquis original de cigogne réalisé par Skip en Afrique du Nord en 1943, a également été donné à Nanton en 2010. A French Canadian Turtle with Wings - Copy (7)

En août 1943, l’artiste de guerre officiel Paul Goranson peint ce nez Wellington du bombardier de l’escadron 420 « Scarlet Harlot » qu’il intitule « Bombing Up a Blockbuster ». Il dessine l’avion avec la pin-up peinte par « Skip » Rutledge à Kairouan/Zina. Ce tableau se trouve aujourd’hui dans la collection du Musée de la guerre ou sur la photo PL47565.

Voici le dessin sur le Wellington peint par Skip Rutledge, photographié par lui en août 1943, à Kairouan/Zina.

A French Canadian Turtle with Wings - Copy (6)

Les trois escadrons de l’ARC basés sur les pistes d’atterrissage de Kairouan/Pavillier [n° 424] et de Kairouan/Zina [n° 420 et 425] afficheront d’impressionnantes peintures canadiennes sur les nez de leurs Wellington Mk X.

A French Canadian Turtle with Wings - Copy (5)

S/L Joe McCarthy, DFC, No. 424 Squadron, Kairouan/Pavillier, 28 Septembre 1943. [PL18385]

A French Canadian Turtle with Wings - Copy (4)

Sur cette photo les sergents Art Jackson [Vancouver, C.-B.], B.H. Tremblay [Montréal] et Joe Ross [River Bend, Québec] admirent le nez de leur bombardier Wellington Mk. X no 425 « Chat-an-ooga-choo-choo ». 31 août 1943. [PL18303]

Dès la première opération effectuée les 26/27 juin 43, un bombardier « Alouette » Wellington Mk. X code « X » pour X-Ray, HE978, acquiert immédiatement la réputation d’être très lent, le plus souvent il est le dernier bombardier à atterrir à la base, mais il rentre toujours. Nuit après nuit, ce Wellington KW-X piloté par différents équipages vers des cibles méditerranéennes, revient toujours en dernier, mais sans jamais se comporter de manière capricieuse comme certains bombardiers de l’escadron.

Le personnel navigant et le personnel au sol commencent à ressentir une sorte de confiance condescendante dans cet avion lent, le personnel au sol se remettant lentement de son infériorité par rapport aux autres Wellington. Bientôt, ils consacrent des heures supplémentaires aux réparations et à l’entretien des moteurs de leur lent bombardier.

Voci les noms de l’équipe au sol du Wellington –

Caporal André Lupien du Lac à la Tortue, Québec.

LAC Yvon Monette de Montréal, Québec.

BAC Eric Merry de Vancouver, C.-B.

BAC C. Schierer de Ponoka, Alberta.

Après chaque opération, l’équipe au sol peint une petite bombe orange pour les opérations de nuit et, à mesure que le nombre de bombes augmente, l’équipe parle avec une fierté modérée de « leur » avion. Lorsque le Wellington est endommagé, la même équipe au sol travaille toute la journée du lendemain pour qu’il soit prêt pour l’opération de nuit suivante. Lorsque la campagne de Sicile se termine, leur bombardier n’a pas manqué une seule opération, un record du 425 Alouette de 32 vols consécutifs en Sicile. Le sous-lieutenant d’aviation Armitage de Miniota, Manitoba, était le bombardier (bomb aimer) lors de nombreuses opérations menées sur le bombardier Wellington, et eut l’idée de le baptiser « Slow But Sure » une idée tirée de la fable d’Ésope « Le Lièvre et la Tortue ». Ensuite, le sous-lieutenant d’aviation Armitage créa l’image du nez, aidé par toute l’équipe au sol pour peindre le nouveau dessin sur le nez à gauche. Le dessin est devenu une tortue ailée tenant une grosse bombe dans ses griffes.

 A French Canadian Turtle with Wings - Copy (3)

Avec la prise de la Sicile, il était prévu que la 331e Escadre soit dissoute et retourne en Grande-Bretagne avant la fin du mois de juillet 1943. Cette date est repoussée au 15 septembre 1943, et l’escadre va maintenant prendre part à l’invasion de l’Italie.

Le Wellington « Slow But Sure » effectue alors des opérations de jour en bombardant les aérodromes italiens de Foggia, les gares de Naples et les carrefours ferroviaires et routiers de Salerne. Ces cibles sont maintenant peintes avec des bombes blanches sur le nez, et la tortue n’a plus l’air neuve, sa durée de vie se mesurant désormais en heures. La grande surprise est le fait que ses performances de bombardier ne cessent de s’améliorer et que lors de ses quatre dernières opérations, elle fait partie du premier groupe de bombardiers à rentrer à la base. Le 15 septembre 43, la petite « Tortue ailée » effectue sa 46e opération consécutive de bombardement de l’Italie, mais à son retour, ses roulements de moteurs sont usés. Elle est retirée des opérations et remise à une unité de récupération des pièces. En regardant leur bombardier, l’équipe au sol décide qu’elle doit recevoir une D.F.C. pour toutes ces opérations. Entre la dernière rangée de bombes, un ruban DFC est peint sur son nez.

A French Canadian Turtle with Wings - Copy (2)

La photo PL18351 montre les quatre membres d’équipage au sol en haut à gauche (LAC C. Schierer) et en bas à gauche (LAC E. Merry, Cpl A. Lupien et LAC Y. Monette). C’est ce très fier personnel au sol qui a peint l’impressionnant record de 46 opérations [32 de nuit et 14 de jour] ainsi que la petite peinture sur le nez de la « Tortue ailée ».  A French Canadian Turtle with Wings - Copy (10)-001

Le 30 septembre 1943, les trois escadrons de la 331e Escadre de l’ARC montent des tentes et se rendent au terrain d’atterrissage no 33 à Hani East, en Tunisie.

A French Canadian Turtle with Wings - Copy (10)-002

Cette « journée de déménagement » de l’ARC est capturée dans une autre aquarelle officielle par l’artiste de guerre Paul Goranson, le 30 septembre 1943. Aujourd’hui, cette peinture est conservée dans la collection du Musée de la guerre à Ottawa. [image photo PL47563]

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N° 425 Wellington B. Mk. X, « Blues in the Night ». De gauche à droite – P/O J.E. Leigh, F/Sgt. R.S. MacKay, Ferdinand le Dressay et P/O C. L. Spooner, 31 août 1943, [PL183303]

Les dessins sur le nez des bombardiers Wellington du 425e Escadron continuent leur combat jusqu’au début d’octobre 1943, lorsque les Allemands se retirent plus au nord en Italie et que la ligne de front est stabilisée. Le 27 octobre 43, les membres de la 331e Escadre de l’ARC montent à bord de leurs navires de transport de troupes et retournent à leurs bases d’origine de Dalton, Dishforth et Skipton en Angleterre. Leurs fidèles bombardiers Wellington Mk. X avec des nez canadiens sont laissés sur place pour les unités de la RAF et oubliés à tout jamais.

La petite « tortue ailée canadienne-française » était lente mais sûre, et pour les hommes qui l’ont pilotée et sont rentrés chez eux, elle n’était pas une fable d’Ésope, mais une grande partie de l’histoire de l’escadron 425 [Alouette] en Afrique du Nord.

FIN

Partagé ce matin par un de mes lecteurs…

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