
Article paru dans le journal LE NOUVELLISTE de Trois-Riviéres, le 13 mai 1944, page 12
(Rédigé pour la Presse Canadienne par Maurice Desjardins, correspondant de guerre des joumaux de langue frangaise. (Tous droits réservés par la Presse Canadienne)
Avec le C.A.R.C. en Angleterre. 13 (PC)
A la porte d’une hutte Nissen, j’ai vu une affiche de carton jaune. M’approchant, je vis que les lettres vertes disaient “Villa du Québec”. C’est là qu’habitent sept Canadiens-francais qui composent l’équipage d’un des gros quadrimoteurs Halifax de l’escadrille Alouette. Le chef de la bande est l’officier pilote Léopold Brochu, de Ste-Marie de Beauce, pilote de l’avion, E-forFreddie et fervent de motocyclette.

Tholfhorpe, mai 1944, P/O Léopold Brochu, avec sa moto Sgt. Henri Daoust
« Le crew de Brochu? un des meilleurs crews de l’escadrille! » m’avait dit la veille, 1eR chef d’escadrille Lucien (Jos.) Lecomte, d’Acton Vale. P.Q.
Nota : En avril 1944, l’équipage était composé du pilote, P/O Léopold Brochu, J/85412; du navigateur, W02 Jean-Paul Camiré, R/136689; du WAG, W02 Lionel Racicot, R/104959; du B/A, Sgt. Claude Bourassa, R/135243; du R/G, Sgt. Marcel Sévigny, R/189697; du M.U. A/G, Sgt. Henri Daoust, R/198410; du F/E, Sgt. Aurélien Audet, R/144511.
Aujourd’hui, j’ai visité les membres de cet équipage composé entiérement de Canadiens de langue francaise. Je me suis rendu à la “Villa du Québec » dans l’ambulance du docteur Hector Payette, de Montréal, médecin de l’escadrille.
La hutte est sous la protection de Notre-Dame du Cap, m’apprend 1e sergent de section Marcel Sévigny, 21 ans, de Shawinigan Falls. Sévigny est le mitrailleur d’arrière. C’est un bonhomme doué de plusieurs talents. Au Canada, ll jouait la guitare dans des orchestres, et il est aussi champion Jitterbug.
“Une fois par semaine”, dit Sévigny, “l’aumônier, le lieutenant de section Maurice Laplante, o. m. i., vient nous voir, lorsqu’il prend congé. Nous disons le chapelet en famille ».

Un autre type intéressant est l‘officicr breveté Lionel Racicot, de Montréal, radio-télégraphiste mitrailleur. Haut comme une botte, Racicot posséde une voix tonnante de baryton. Ses éclats de voix font vibrer la tôle des murs. ll est aussi un fervent du jardinage et a semé des fleurs dans le parterre.
Il est lutteur professionnel et à Montréal gérait un restaurant dans le club house des Royaux au stade de la rue Delorimier. Le sergent de section Claude Bourassa, des Trois-Rivières, m’a raconté qu’au retour de Nurembourg, le vent les avait poussés au-dessus de la D.C.A. d’Essen, mais qu’ils étaient revenus sans se faire « flaquer ». Brochu et son “crew » ont participé aux raids où les pertes de la R.A.F. ont été les plus considérables, sans subir la moindre égratignure. Parmi les villes du Reich qui ont reçu leur visite, mentionnons Berlin deux fois, Stuttgart trois fois, Francfort et Essen.
« C’est au départ que nous sommes nerveux, et non pas pendant la mission elle-méme ». dit l’officier pilote Jean-Paul Camiré, de Québec qui remplit les fonctions importantes de navigateur.

Camiré est l’intellectuel de l’équipage. ll était instituteur à l’école Belvedère de Québec, et sait fort bien jouer le piano.
Parmi les autres pensionnaires de la « Villa du Québec », il y a le sergent Henri Daoust, mitrailleur de tourelle centrale, de Sturgeon Falls, Ont., ancien commis de banque; le sergent Aurélien Audet, ingénieur de Valley Junction, comté de Beauce, âgés respectivement de 21 et 22 ans. Audet étudiait l’électricité à l’école Technique de Québec avant de s’engager.

Brochu était tout joyeux, car il venait d’apprendre de l’adjudant, le lieutenant de section Edmond Danis, que son brevet d’officier pilote entrait en vigueur aujourd’hui méme. Ses camarades, en le félicitant, ont promis d’organiser une petite fête pour mouiller ca.
« Une espéce de genre de banquet » dit le petit Racicot. « Nous attendons Ia prochaine livraison des colis du Canada. Il nous manque des cornichons pour les hors d’oeuvre ».

Nota : L’équipage Brochu accomplit 33 missions entre le 20 février et le 16 juillet 1944.
Le Sgt. Joseph Aurélien Audet, ingénieur de vol de l’équipage Brochu revint à l’escadrille 425 en mars 1945 pour un deuxième tour avec l’équipage du F/O Charles G. Paquet. Le P/O Audet accomplit cinq autres missions entre le 10 et le 25 avril 1945 et revint au Canada en Lancaster au mois de juin avec ce nouvel équipage.